“La nature a horreur du vide”
7 février 2012 | Laure Edubois | Aucun commentaire Graphisme

“La nature a horreur du vide” disait Aristote ! La nature, ou nos sociétés dans lesquelles l’inactivité est un échec, le silence une faiblesse, la solitude une marque asociabilité aigüe ?
Le vide, c’est mal
Le vide a mauvaise réputation. N’importe quel créatif vous parlera de la tant redoutée page blanche qui survient toujours lorsqu’on en a le moins besoin.

Un lieu urbain désert aura de grandes chances d’être perçu négativement. Le vide est alors synonyme d’absence et de manque (parfois même de mort !).
C’est un fait, nous n’aimons décidément pas le vide. Pour notre décharge, notre cerveau lui-même est conditionné de la sorte : sur une image nos yeux reconnaissent en premier lieu les “pleins”, ensuite seulement les vides sont perçus (de nombreuses illusions d’optique reposent sur ce principe). De même, nous clôturons automatiquement des formes incomplètes (voir le petit panda d’à côté).
Ce que l’on a tendance à oublier, c’est que l’espace vide est nécessaire, voire même indispensable. Après tout, nous distinguons chaque objet en tant que tel grâce à l’espace qui l’entoure et qui lui permet d’exister en lui offrant des limites.
L’art du vide
L’importance de l’espace vide, l’art a depuis longtemps appris à l’apprivoiser et à l’utiliser. Le processus de sculpture est pratiquement un éloge au vide : c’est en lui retirant de la matière qu’une sculpture prend vie ! L’artiste avant-gardiste Yves Klein crée le scandale en 1958 en organisant une “Exposition du vide” durant laquelle il propose aux visiteurs une galerie repeinte en blanc éclairée en bleu. Le bleu Klein est la marque de fabrique de l’artiste, car selon lui cette couleur “rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible”, explique-t-il en faisant référence au vide, qui incite à l’imagination.
L’activité du vide
J’en arrive au graphisme. L’espace vide ou blanc tournant y est utilisé comme une force active, un élément ergonomique qui permet d’équilibrer le rapport visuel entre les contenus. La typographie est un art spatial qui consiste à organiser le vide autour des formes que sont les lettres. Ainsi, les marges présentes autour d’un texte le structurent et le hiérarchisent en lui donnant un rythme, et permet au regard de circuler librement et confortablement. Il est d’ailleurs bien connu que sur le web, notre regard “scanne” les pages avant de les lire ; les espaces blancs font alors office de guides, tout en mettant en valeur le contenu. On pourrait dire que le vide est au graphisme ce que la ponctuation est au discours !
L’espace blanc est devenu très tendance (loués soient nos écrans aux généreuses résolutions), ce qui n’était pas le cas il y a quelques années ; les sites devaient, en plus d’être légers pour ne pas mettre à genoux nos 56k, parvenir à caser leur contenu dans des résolutions préhistoriques qu’atteignent d’ors et déjà les smartphones d’aujourd’hui… Un peu d’espace libre, c’était du luxe !
Les temps ont changé, les interfaces épurées se multiplient ; le vide est devenu un élément graphique et ergonomique à la fois. Les mises en page se simplifient de plus en plus et privilégient les éléments importants. Un peu comme si le concept se suffisait à lui-même, donc nul besoin d’en rajouter graphiquement. “Less is more”, c’est la devise. Nombre de marques de luxe utilisent une communication minimaliste et très élégante. Mais la simplification a ses limites, et il arrivera un point où toutes les interfaces se ressembleront… la suite dans quelques années !
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